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Honoré de Balzac : ses oeuvres de 1836 à 1856
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Entre 1836 et 1839, les Études de mœurs au XIXe siècle se terminent, les Études philosophiques s'étoffent, mais aucune « invention » particulière ne vient enrichir les perspectives de l'œuvre. Pendant cette période se multiplient les éditions de romans par livraisons successives en revue, première manifestation d'une pratique à laquelle Balzac consacrera lui aussi, dans le sillage d'Eugène Sue, à partir de 1843, celle du roman-feuilleton. Ainsi paraissent en revue La Vieille Fille (1836), Le Cabinet des Antiques(1838), Une fille d'Ève (1838-1839), Le Curé de village (1839), Béatrix, ou les Amours forcées (1839), La Princesse parisienne [Les Secrets de la princesse de Cadignan] (1839).

 

En 1840, année de moindre production, Balzac trouve le titre de son grand œuvre : La Comédie humaine, titre qui, semble-t-il, s'impose en référence à celui de l'œuvre de Dante, La Divine Comédie. En 1842, cependant que les œuvres nouvelles de Balzac continuent d'être publiées en feuilleton, Balzac signe avec quatre libraires, dont Furne, un contrat pour la publication de ses Œuvres complètes, qui porteront le titre de La Comédie humaine : cette édition sera désignée dorénavant par les lecteurs et les commentateurs comme « édition Furne ». Balzac rédige, d'autre part, un Avant-propos qui précise son ambition immense, à la fois scientifique, philosophique, historique et littéraire.

De 1842 à 1846 paraissent les seize volumes de La Comédie humaine. Balzac possédait un exemplaire de ces seize volumes où étaient regroupés, dûment classés, tous les romans écrits depuis 1829. Il fit encore quelques corrections manuscrites sur ces volumes imprimés. Toutes les éditions actuelles tiennent compte des ultimes modifications portées sur cet exemplaire, couramment désigné comme « Furne corrigé ». Un dix-septième volume fut publié par Furne en 1848 : il contenait La Cousine Bette et Le Cousin Pons. On n'a pas retrouvé l'exemplaire de ce dix-septième volume possédé par Balzac. Enfin, un dix-huitième volume fut publié en 1855 par Houssiaux, successeur de Furne, donc cinq ans après la mort de Balzac. Ce dernier volume contenait la quatrième partie de Splendeurs et misères des courtisanes (La Dernière Incarnation de Vautrin), la deuxième partie de L'Envers de l'histoire contemporaine (L'Initié), Les Paysans (roman inachevé) et Petites Misères de la vie conjugale.

Ultérieurement furent intégrés à La Comédie humaine deux romans inachevés : Le Député d'Arcis, qui avait été publié en 1854, et Les Petits Bourgeois, publié en 1856.

n pourra constater, à la lecture du tableau d'ensemble de La Comédie humaine, que les trois étapes de l'œuvre sont de taille très inégale. À peu près les trois quarts de l'ensemble se trouvent constitués par les Études de mœurs. Celles-ci se subdivisent en une série de Scènes. Aucune subdivision, en revanche, dans les Études philosophiques. Quant aux Études analytiques, elles ne comptaient, dans les éditions duXIXe siècle, que deux titres : Physiologie du mariage et Petites Misères de la vie conjugale. Diverses éditions plus récentes, dont celle de la Pléiade, par Pierre-Georges Castex, ont pris le parti d'intégrer à cette dernière section la Pathologie de la vie sociale (Traité de la vie élégante ; Théorie de la démarche ; Traité des excitants modernes), cela en pleine conformité avec les intentions de Balzac. Les éditions récentes conformes au « Furne corrigé » ont procédé comme l'avait fait cette édition globale, contemporaine de Balzac, en supprimant les têtes de chapitres qui figuraient dans les premières éditions des œuvres isolées. Certaines éditions, fidèles à l'origine, infidèles à « Furne », ont rétabli la division en chapitres avec leurs intitulés souvent feuilletonesques.

Eugénie Grandet de Balzac
Eugénie Grandet de Balzac
L'histoire de cette œuvre, où se conjuguent une telle volonté organisatrice et tant de hasards, est un bon guide pour le lecteur, qui ne doit jamais être affolé par la masse de ce qu'il ne connaît pas encore, ni rassuré par les cadres dans lesquels Balzac inscrit son œuvre. Chaque élément de l'œuvre, chaque ouvrage isolé vit de sa vie propre, autonome, suffisant à l'heure et au moment de la lecture. Mais, avant ou après, à côté, au-dessus ou au-dessous, d'autres éléments existent, prévus ou imprévisibles, avec lesquels le lecteur a toujours la ressource de recréer des liens, de percevoir des échos ou de susciter des prolongements. Universalis