Carnet Photographique

Le grand peintre Rembrandt


Peinture du boeuf écorché de Rembrandt
Boeuf écorché de Rembrandt Photo E. Buchot

Rembrandt (1606-1669), peintre, dessinateur et graveur néerlandaisPeintre majeur de l’art occidental du XVIIe siècle, célèbre pour ses effets de clair-obscur, Rembrandt Harmenszoon Van Rijn, dit Rembrandt, est également connu pour les très nombreux autoportraits qu’il a exécutés tout au long de sa vie.

Né à Leyde, Rembrandt, bien qu’issu d’un milieu modeste, reçoit une éducation soignée. Après avoir appris très tôt le latin, il entre à l’âge de quatorze ans à l’université de Leyde, qu’il quitte cependant presque aussitôt pour étudier la peinture d’histoire auprès d’artistes tels que Jacob Van Swanenburgh et Pieter Lastman. Après avoir passé six mois dans les ateliers de ses maîtres, ayant déjà maîtrisé tout ce qu’on lui a enseigné, Rembrandt retourne dans sa ville natale, où il s’établit. Il développe alors un style anti-académique qui impressionne fortement (Balaam, 1626, musée Cognacq-Jay, Paris ; David et Goliath, 1626, musée des Beaux-Arts, Bâle) et lui vaut l’estime générale, au point de devoir ouvrir son atelier à de jeunes disciples (il a alors lui-même vingt-deux ans).

La jeunesse de Rembrandt


En 1631, Rembrandt part pour Amsterdam. Son mariage, en 1634, avec Saskia Van Uylenburgh, la cousine d’un négociant en art, lance sa carrière, le mettant en contact avec des mécènes aisés qui lui commandent de très nombreux portraits.

À la même époque, il réalise son premier portrait corporatif : la Leçon d’anatomie du docteur Nicolaes Tulp (1632, Mauritshuis Museum, La Haye), remarquable par ses qualités d’observation et sa finesse picturale proche de l’art de Van Dyck. La toile présente le docteur Tulp parmi ses amis et admirateurs, en maître chirurgien en plein exercice. Le cadavre, dont les muscles du bras gauche ont été mis à nu, est d’une tonalité grise caravagesque. Tout, dans l’attitude et la disposition, vise à rendre l’intensité de l’échange intellectuel.

Les autres portraits des années 1630 frappent par leur grande force plastique, par la simplification des harmonies, ainsi que par le rythme symbolique des mains et des visages, peints le plus souvent sur un fond gris, qui confèrent à l’ensemble grandeur et monumentalité.

Ces tendances baroques sont également présentes dans les très nombreux autoportraits et dans les effigies que l’artiste fait de son épouse, parée des costumes orientaux qu’il affectionne particulièrement. De même, dans les sujets religieux et les scènes mythologiques — également fort prisés, comme en témoigne la suite des cinq tableaux de la Vie du Christ (1633-1639, Alte Pinakothek, Munich) qui compte parmi les œuvres les plus mouvementées du maître — le schéma de composition s’inspire de ceux de Rubens, mais l’éclairage dramatique renvoie à une profonde émotion de l’âme. Les nombreux témoignages picturaux de cette période permettent de supposer que Rembrandt cherche sans doute à prouver qu’il égale Rubens dans l’art de la narration dramatique et de la composition baroque. Le souci de transformer le monde quotidien en vision onirique occupe ainsi ses paysages, puisant leurs sources dans une tradition allemande, introduite à Amsterdam par des artistes tels que Hercules Seghers (Paysage, 1639, Rijksmuseum, Amsterdam).

Peinture de Saint Matthieu par Rembrandt
Peinture de Saint Matthieu

Durant les années 1640, Rembrandt est frappé par plusieurs deuils successifs. Entre 1635 et 1641, son épouse Saskia donne naissance à quatre enfants, dont trois meurent en bas âge. Elle-même décède en 1642, laissant Rembrandt seul avec son fils cadet, Titus. Hendrickje Stoffels, engagée comme gouvernante vers 1649, devient sa compagne et son modèle pour un grand nombre de ses tableaux.

Maturité de Rembrandt


Parmi les chefs-d’œuvre de cette période figure la célèbre Ronde de nuit — également intitulée la Compagnie du capitaine Frans Banning Cocq (1642, Rijksmuseum d’Amsterdam) —, qui témoigne de l’activité agitée d’une compagnie militaire rassemblée derrière ses chefs, se préparant à un défilé ou à une riposte. En partant d’un mode statique coutumier, Rembrandt peint en ligne les personnages afin d’obtenir un effet dramatique puissant. L’alternance de l’ombre et de la lumière, de l’avant et de l’arrière, des mouvements de gauche à droite et inversement, des diagonales formées par les bras, les mousquets, les drapeaux et les piques, permettent à l’artiste de rendre ce qui lui est si cher : « le mouvement le plus naturel ».De nombreux tableaux de Rembrandt des années 1640 montrent néanmoins l’influence du classicisme dans son style et son esprit. Ainsi, l’autoportrait de 1640 (The National Gallery, Londres) est-il marqué par l’influence de Raphaël et de Titien, et empreint d’une expression de très grand calme intérieur. Dans le Prédicateur mennonite Anslo et sa femme (1641, Gemäldegalerie, Staatliche Museen, Berlin), l’interaction entre les personnages est rendue de main de maître : le prêcheur parle, explique peut-être un passage biblique à sa femme qui écoute avec attention. D’autres œuvres de Rembrandt dépeignent des dialogues et, comme celui-ci, parviennent à saisir un instant précis.

Dans le tableau en mouvement des Pèlerins d’Emmaüs (1648, musée du Louvre, Paris), l’utilisation de la lumière traduit immédiatement la signification de la scène, alors que dans Bethsabée (1654, musée du Louvre, Paris) ou Jacob bénissant les fils de Joseph (1656, Staatlische Gemäldegalerie, Kassel), la lumière diffuse adoucit l’atmosphère.Les nombreux paysages de Rembrandt de cette période sont des vues imaginaires, élaborées sur le souvenir d’endroits spécifiques. L’introduction de ruines et de collines, qui ne font pas partie de la campagne néerlandaise, comme dans Ruine (Staatliche Gemäldegalerie, Kassel), suggère une influence classique venant de l’Italie.

Malgré le succès financier de Rembrandt en tant qu’artiste, professeur et négociant en art, son penchant pour un mode de vie ostentatoire le conduit à la faillite en 1656. Un inventaire de sa collection d’œuvres d’art et d’antiquités, saisies avant une vente aux enchères tenue afin de régler ses dettes, montre l’étendue de l’intérêt de Rembrandt pour la sculpture ancienne, les tableaux flamands, la Renaissance italienne, l’art oriental, les œuvres néerlandaises contemporaines, les armes et les armures.

La fin de la vie de Rembrandt - ses grandes oeuvres


Ces problèmes personnels n’ont apparemment pas de répercussions sur le travail de Rembrandt. Les tableaux les plus importants datent en effet des deux dernières décennies de sa vie. Le drame baroque, la splendeur de l’extérieur et les détails superficiels n’y apparaissent plus. Ses autoportraits, ses portraits de personnages seuls ou ses scènes de groupes, ainsi que ses œuvres religieuses et historiques révèlent une préoccupation de l’expression des qualités spirituelles. Sa palette s’enrichit considérablement, son coup de pinceau devient de plus en plus épais, au point de sembler flotter miraculeusement sur la toile. Certains grands tableaux de cette époque témoignent de l’apogée de sa maturité : les Syndics des drapiers (1661, Rijksmuseum, Amsterdam), notamment, qui suggère une parfaite maîtrise du genre, dans laquelle la main « parlante » de l’orateur devient pilier fondateur de la composition, lien virtuel entre les personnages.

La vie privée de Rembrandt continue d’être marquée par le chagrin : Hendrickje meurt en 1663, bientôt suivie par son fils, Titus, en 1668, avant que l’artiste ne s’en aille à son tour, onze mois plus tard. C’est sans aucun doute dans les autoportraits (environ soixante) que Rembrandt se livre le plus, se soumettant à une autoanalyse pénétrante. Dans Autoportrait au chevalet (v. 1669, The National Gallery, Londres), les traits de Rembrandt trahissent un esprit légèrement sarcastique. Le plus souvent, en effet, l’artiste supprime tous les détails narratifs au profit de l’expression et de la splendeur des couleurs, reflets de la vie intérieure. Il semble ainsi difficile de dire aujourd’hui à quoi Rembrandt a pu réellement ressembler, tant les ombres profondes qui couvrent son visage révèlent à peine ses traits, au profit de l’intensité de son regard.

Les sujets bibliques, quant à eux, occupent environ un tiers de la production de Rembrandt — fait inhabituel dans la Hollande protestante du XVIIe siècle, puisque le mécénat ecclésiastique n’existe pas et que l’art religieux n’est pas considéré comme important. Les premières œuvres bibliques et dramatiques de Rembrandt sont mises en valeur par la présence d’un goût baroque, alors que ses dernières, tels Joseph accusé par la femme de Putiphar (1655, Gemäldegalerie, Staatliche Museen, Berlin) et le très émouvant Retour du fils prodigue (v. 1669, musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg) se concentrent sur l’expression abstraite, mystique et surnaturelle d’une situation humaine, dépouillée des détails inhérents à leurs contextes historiques. © "Rembrandt" . Sources Encarta

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