Carnet Photographique

La jeunesse de Nicolas Poussin


Oeuvre de Nicolas Poussin
St François Xavier par Nicolas Poussin. Photo E. Buchot

Incarnation du classicisme français du XVIIe siècle bien que Romain d’adoption, Nicolas Poussin séduit grâce à la parfaite osmose entre émotion et réflexion qu’il a su appliquer à ses compositions picturales. Cet artiste, dont la rigueur et l’austérité sont au service de son intelligence et de son art, est notamment apprécié pour ses toiles de paysage idéal. Symbolisant les vertus de la logique, de l’ordre et de la clarté, l’œuvre du « peintre-philosophe » a fortement influencé l’art français jusqu’à nos jours.

Né à Villers, près des Andelys (en Normandie), Nicolas Poussin n’est pas destiné aux arts lorsqu’il découvre la peinture à l’occasion de la venue dans son village du peintre Quentin Varin. Ayant dès lors trouvé sa vocation, le jeune homme quitte sa famille pour Rouen, auprès de Noël Jouvenet, puis Paris où il fait probablement un passage dans les ateliers de Ferdinand Elle et de Georges Lallemand. Découvrant la peinture Renaissance au travers des collections royales, notamment les œuvres de Raphaël et de Titien, Nicolas Poussin cherche à se rendre à Rome pour assouvir son goût de l’Antique et parfaire sa connaissance des arts. Cependant, des revers financiers l’obligent à rebrousser chemin à deux reprises.

Vers 1622-1623, il rencontre Giambattista Marino (poète italien ayant les faveurs de la reine-mère Catherine de Médicis) qui lui commande des dessins illustrant les Métamorphoses d’Ovide. L’Italien parvient également à le faire engager sur le chantier du palais du Luxembourg (v. 1622-1623, ensemble décoratif aujourd’hui disparu), où Poussin rencontre notamment l’artiste Philippe de Champaigne. Puis, encouragé par son ami à rejoindre Rome, il parvient finalement dans la Ville éternelle en 1624, après un séjour à Venise où il découvre le sublime de la lumière et des couleurs des maîtres de veduta (paysage urbain).

Nicolas Poussin à Rome


Tableau de l'enlèvement des Sabines par Nicolas Poussin
Enlèvement des Sabines par Nicolas Poussin au Louvre. Photo E. Buchot

En plus de la protection du poète qui meurt un an après son arrivée en Italie, le jeune Français bénéficie du mécénat du cardinal Francesco Barberini (neveu du pape Urbain VIII) et plus encore de celui de son secrétaire, Cassiano dal Pozzo. Outre le fait non négligeable que ce dernier — un archéologue, intellectuel peu enclin aux mondanités — lui assure la sécurité matérielle, il l’encourage également à étudier les Anciens (Virgile, Plutarque, etc.) afin de donner un sens spirituel à l’esthétisme de sa peinture. Les premières œuvres romaines de Nicolas Poussin reprennent le principe des compositions maniéristes développé au sein de l’école de Fontainebleau ; les suivantes subissent l’influence du Dominiquin, séjournant lui aussi à Rome. Malgré l’accueil mitigé de son Martyre de saint Érasme aux accents baroques — exécuté pour la basilique Saint-Pierre (1627, Pinacothèque vaticane, Rome) —, Poussin reçoit une commande du cardinal Barberini pour lequel il réalise la Mort de Germanicus (1628, Minneapolis Institute of Arts).

En 1630, après une longue maladie, il épouse la fille de celui qui l’a soigné, Anne-Marie Dughet — également sœur du paysagiste Gaspard Dughet. C’est à cette époque que l’artiste, probablement encore affecté par l’expérience de la basilique Saint-Pierre, décide d’abandonner les grandes compositions de commande pour des tableaux de chevalet destinés à un cercle restreint d’amateurs. Parallèlement, son style évolue en s’affranchissant de l’exubérance du baroque naissant. Nicolas Poussin se passionne toujours pour l’Antiquité, mais également pour les sujets bibliques (le Massacre des Innocents, v. 1628-1629, musée Condé, Chantilly) et mythologiques (Écho et Narcisse, v. 1630, musée du Louvre, Paris).

Alors qu’au début des années 1630, ses toiles — comme le Triomphe de Flore (v. 1627-1628, musée du Louvre) et la Peste d’Asdod (ou Miracle de l’Arche dans le temple de Dagon, 1630-1631, musée du Louvre), rappellent la richesse colorée de la palette de Titien qu’il admire particulièrement, Nicolas Poussin adopte, après 1633, des tonalités plus douces et plus sobres. Ses compositions deviennent également plus sereines, ses personnages plus sculpturaux. Il s’efforce d’exprimer l’émotion au travers de gestes, de poses et de physionomies simples, comme en témoignent les grandes mises en scènes historiques que sont l’Adoration du Veau d’or (v. 1634, The National Gallery, Londres), l’Enlèvement des Sabines (v. 1637-1638, musée du Louvre) ou les Bergers d’Arcadie (v. 1638-1640, musée du Louvre).

Nicolas Poussin premier peintre de Louis XIII


Portrait de Nicolas Poussin
Portrait de Nicolas Poussin exposé au musée du Louvre. Photo E. Buchot

La renommée du peintre gagne bientôt la France. Vers 1638-1639, le cardinal de Richelieu lui commande plusieurs toiles mythologiques, notamment un Triomphe de Pan (1636, The National Gallery, Londres). Appelé par le roi Louis XIII, Nicolas Poussin ne peut décliner cette invitation et, bien que réticent à ce voyage, se rend en décembre 1640 à Paris. Celui qui est devenu « Premier peintre ordinaire » du roi y reçoit le soutien de l’Académie royale de peinture, qui élève son style au rang de modèle formel. Mais, peu satisfait de la nature des commandes et lassé des intrigues des peintres parisiens qui se sentent éclipsés par sa présence (particulièrement Simon Vouet), l’artiste rentre à Rome en novembre 1642. Il conserve néanmoins de cette expérience française une grande amitié avec Paul Fréart de Chantelou, dont le rôle devient comparable à celui tenu par Cassiano dal Pozzo.

Durant le nouveau séjour de Poussin à Rome, l’artiste exécute quelques-unes de ses plus belles toiles. Réalisée pour Paul Fréart de Chantelou, la seconde série des Sept Sacrements (1644-1648, National Gallery of Scotland, Édimbourg ; 1636-1640, National Gallery of Art, Washington pour la première), aux compositions idéalement ordonnancées, assoit la réputation et la maîtrise picturale de Poussin dans l’Europe entière. Les toiles qu’il réalise durant cette nouvelle période — comme la Sainte Famille sur les marches (1648, National Gallery of Art, Washington) — deviennent rapidement la référence en matière de classicisme français. On y retrouve une composition calme et structurée, des couleurs lumineuses et claires, ainsi qu’une impression de grande solennité. L’artiste n’éprouve aucune difficulté à concilier stoïcisme et christianisme, auxquels il adhère simultanément, et s’inspire des Vies de Plutarque (notamment de l’histoire de Phocion avec le Paysage avec les funérailles de Phocion, v. 1648, collection du comte de Plymouth).

Dans les dernières années de sa vie (1653-1665), le style de Poussin se transforme. L’allégorie, le symbolisme et le mysticisme y jouent un rôle plus important qu’auparavant. Ses toiles dépassent largement la seule illustration d’événements historiques pour devenir des symboles de vérités éternelles. Sa conviction selon laquelle l’art doit s’adresser à l’esprit plutôt qu’à l’œil — à savoir qu’il doit représenter les situations humaines les plus nobles dans une belle ordonnance dédaigneuse du détail trivial — devient bientôt la profession de foi des peintres académiques. De cette dernière période date la Vision de sainte Françoise romaine (v. 1657, musée du Louvre ; toile perdue jusqu’à récemment), remarquable par le traitement spirituel et pictural du sujet dépeint, un ex-voto après la peste de 1656. Enfin, œuvre testamentaire, les Quatre Saisons — série peinte entre 1660 et 1664 — symbolisent les étapes de la vie au travers d’épisodes bibliques et mythologiques : le paradis terrestre pour le Printemps, Ruth et Boos pour l’Été, la grappe de la Terre promise pour l’Automne, et le Déluge pour l’Hiver (musée du Louvre). © "Poussin" . Sources Encarta

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