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Le Maroc en 1981

Voyage au Maroc - Carnet Photographique

9/09/16

Rupture du consensus national marocain

En 1981, les flottements de la position marocaine dans le conflit saharien vont accentuer les clivages politiques internes et provoquer une véritable rupture du consensus national. En effet, alors même que le Maroc a redressé la situation militaire et amélioré sa position diplomatique, le roi propose au sommet africain de Nairobi un référendum contrôlé qui, selon lui, ne pourra être que positif...Le Polisario est pris de court, et la question de l'admission de la République arabe sahraouie démocratique (R.A.S.D.) est habilement contournée, mais l'U.S.F.P. ne manque pas de souligner les contradictions implicites d'une telle proposition et les menaces que fait peser ce compromis sur la « marocanité » des territoires sahariens. Autant de raisons qui lui paraissent justifier la consultation du peuple marocain sur l'« intégrité territoriale » de son pays. Ressenti comme une offense personnelle, ce communiqué entraîne l'arrestation de cinq membres du bureau politique de l'U.S.F.P., dont trois seront condamnés à un an de prison ferme pour « incitation au désarroi » et « atteinte aux citoyens dans leur attachement à la personne du souverain ». Une réaction qui permettrait de confirmer l'étroitesse des capacités d'expression de l'opposition, et de mesurer l'équivoque des fondements mêmes du consensus saharien.

Un projet global de la société marocaine critiqué

U.S.F.P
U.S.F.P

Dans cette épreuve de force, chaque partie peut se trouver de bonnes raisons pour reprocher à l'autre d'avoir rompu le consensus : pour le roi, il lui faut d'une part justifier la répression qu'il a fait subir à l'U.S.F.P. après les graves émeutes de Casablanca (juin 1981), dont il lui attribue en partie la responsabilité ; d'autre part, accentuer la marginalisation politique de cette dernière et saper le crédit populaire incontestable qu'elle a su reconstituer à la faveur de la libéralisation et avec l'aide de la C.D.T. Quant à l'U.S.F.P., son tribut à l'unanimité ne lui a rien apporté sur le plan politique et elle n'a pas su endiguer les débordements de sa base militante, qui lui reproche son manque de combativité sur le plan économique et social. En fait, ce schisme dépasse l'affaire saharienne proprement dite pour concerner le projet global de société autour duquel de très fortes tensions se sont cristallisées, en raison même du poids financier de la guerre et de son discrédit dans certaines couches de la population. Les tragiques émeutes de Casablanca survenues en juin 1981 symbolisent à cet égard un point de rupture du pacte communautaire sous la poussée d'injustices trop flagrantes, et sous l'effet de contradictions sociales engendrées par les incohérences, les échecs ou les défaillances de l'État dans sa conduite politique du développement. Bien que le roi ait reconnu plus tard la responsabilité du régime dans ces événements, il n'a voulu en retenir que les visées déstabilisatrices et les atteintes à la cohésion nationale, comme pour mieux justifier la dureté et l'ampleur de la répression menée à l'encontre de l'opposition.

Arrestations et inculpations

Arrestations et inculpations en masse, procès en série, fermeture de locaux, interdiction de journaux, c'est toute la panoplie policière et judiciaire qu'a déployée le gouvernement à l'encontre de la C.D.T. et de l'U.S.F.P., accusés d'avoir été les instigateurs du soulèvement populaire. Une longue série de procès s'ouvre dans les grandes villes du pays, même dans celles où aucune violence n'a été signalée : les poursuites visent indistinctement les manifestants et les militants syndicalistes et politiques. Les verdicts sont sévères et reflètent la volonté du pouvoir, notamment du ministère de l'Intérieur, de briser l'influence politique de l'opposition socialiste. La préfecture de Casablanca, qui abrite 3,2 millions d'habitants, est découpée en cinq nouvelles préfectures de manière à assurer, sous couvert d'une gestion plus efficace, un contrôle renforcé de la population, en même temps qu'est décidé un plan de promotion des zones rurales et des quartiers populaires des villes.

Arsalan El Jadidi
Arsalan El Jadidi

Cette soudaine et violente flambée sociale n'est pas sans effet sur l'évolution des dissensions internes du R.N.I. dont l'éclatement, déjà consommé au niveau parlementaire, va se traduire par la création, en juillet 1980, d'un nouveau parti, le Parti national démocratique (P.N.D.). Le Palais prend appui sur ce parti dont le discours à consonance populiste lui permet d'accréditer, auprès des couches populaires urbaines et rurales, la politique de rigueur et d'austérité imposée par l'aggravation des déséquilibres économiques et financiers. Le nouveau gouvernement de novembre 1981, toujours conduit par Maati Bouabid, leur fait une très large place, au détriment des anciens Indépendants qui en sont écartés. Le roi confie à ces derniers la « lourde et importante mission » de devenir une « opposition constructive » pour les deux années de la législature, qui est prolongée jusqu'en 1983. Dans le même temps, il condamne comme « anticonstitutionnelle » l'attitude de l'U.S.F.P. dont les députés se sont retirés du Parlement pour protester contre l'application, à l'actuelle législature, de l'allongement du mandat parlementaire approuvé par le référendum de mai 1980.

Le Maroc, un retour vers la démocratie

Alors que le processus de démocratisation paraissait bloqué à la fin de 1981, les premiers signes d'un retour à la démocratie apparaissent dès le printemps de 1982 : Abderrahim Bouabid et les deux autres dirigeants socialistes sont graciés par le roi en février, tandis qu'en avril l'U.S.F.P. et la C.D.T. sont autorisés à rouvrir leurs locaux. La perspective des échéances électorales de 1983 n'est pas étrangère au renouveau de la vie des partis, marqué par la tenue des congrès du parti de l'Istiqlal en avril et du P.N.D. en juin 1982. Pour les deux partis, il est en effet urgent de réactiver la vie politique nationale sur de nouvelles bases, en exploitant, pour l'Istiqlal, le terrain laissé à droite par la scission du R.N.I. et, pour le P.N.D., le « vide politique » laissé par les vieux partis traditionnels issus du mouvement national.

Arslane El Jadidi, secrétaire général de ce nouveau parti et ministre de l'Emploi, a invité les 10 000 congressistes réunis à Casablanca à s'organiser pour jouer pleinement ce rôle de contrepoids et à militer dans les trente-six bureaux fédéraux déjà installés dans les provinces du pays.

Bien que le cercle dirigeant compte beaucoup d'hommes d'affaires, l'idéologie de ce parti échappe au clivage droite-gauche pour se rattacher à une ligne réformiste et centriste, conforme aux aspirations des couches sociales qu'il prétend représenter. Se disant solidement implanté dans les campagnes, il défend un programme de lutte contre l'exode rural, et pour l'aménagement du territoire. Lors de la session d'automne, les treize députés de l'U.S.F.P. décident de participer de nouveau à la vie parlementaire en raison de la gravité de la situation intérieure, et pour éviter de prolonger une marginalisation qui ne pourrait que lui nuire pour les prochaines consultations électorales. En retour, le parti d'A. Bouabid attend du gouvernement qu'il lui restitue ses moyens, notamment qu'il autorise la reparution de sa presse, et qu'il libère ses militants socialistes et syndicalistes toujours emprisonnés, parmi lesquels le rédacteur en chef d'Al Mouharrir et le secrétaire général de la C.D.T. © . Source utilisée : Encarta, lemonde et Wikipedia.