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Origine du vitrail


Les vitraux et les rosaces dans les églises
Vitrail de la basilique de Saint Denis. Photo E. Buchot

Connu depuis l'Antiquité, le verre était fabriqué par le mélange de deux parties de cendre et d'une partie de sable, transformé en pâte par fusion à une température de 1 200 à 1 500 °C. Lors de la fusion, on introduisait les oxydes métalliques dans la pâte afin de la colorer. Le verre était donc, en général, teinté dans la masse, sauf pour le rouge, dont l'oxyde de cuivre employé rendait le verre trop opaque. On pouvait alors mélanger de la pâte teintée avec de la pâte blanche ou plaquer une pellicule de rouge sur du verre incolore. Ensuite, le verrier recueillait une partie de pâte — la paraison — au bout d'une canne creuse afin d'obtenir une feuille de verre par soufflage. La première technique consiste à façonner une sorte de bouteille — le manchon — qui sera fendue dans le sens de la longueur et étendue afin de former une plaque de verre. La seconde technique est le soufflage d'un plateau — la cive. Après avoir cueilli la paraison, l'ouvrier souffle une sphère en lui imprimant des mouvements rotatifs. En face de lui, un assistant place à l'opposé de la canne une tige de métal — le pontil. Ainsi, la sphère s'aplatit jusqu'à prendre l'aspect d'un disque.

Les vitraux


Le soufflage fut surtout utilisé du XIIe au XVIe siècle, alors que durant le haut Moyen Âge et à l'époque classique, on employait le verre à vitre coulé à plat. Actuellement, on utilise aussi dans l'architecture contemporaine des dalles de verre moulé. Les feuilles de verre coloré dans la masse sont ensuite portées dans l'atelier du maître verrier. Celui-ci doit d'abord réaliser la maquette du vitrail commandé, afin d'avoir un modèle en permanence sous les yeux, en reproduisant très précisément la forme de la fenêtre, l'emplacement des armatures de fer, le calibre de chaque pièce de verre, le tracé des plombs, le dessin et les couleurs. Ensuite, le verrier taille les pièces de verre coloré.

Vitrail de la cathédrale Notre Dame
Vitrail de la cathédrale Notre Dame

La découpe s'effectuait au Moyen Âge à l'aide d'un fer rougi porté sur le contour, puis que l'on aspergeait afin de faire éclater le verre. À partir du XVe siècle, on utilisait un diamant pour couper le verre. La pièce coupée peut être corrigée à l'aide d'une pince appelée « grugeoir ».

Composition de la peinture d'un vitrail


La peinture — la grisaille — est constituée de trois éléments : un oxyde de fer ou de cuivre, donnant une teinte brunâtre, un fondant à base de verre finement pilé destiné à fixer la grisaille sur le verre par la cuisson, et un liant pour travailler le mélange (du vinaigre ou de la gomme arabique). La grisaille est donc une peinture monochrome, appliquée sur la pièce colorée à l'aide d'un pinceau, destinée à tracer les contours et à réaliser les modelés. On peut également travailler la grisaille en pratiquant des enlevés à l'aiguille ou en la frappant avec une brosse dure, le « putois », technique fréquemment utilisée à la fin du Moyen Âge. La peinture achevée était fixée à l'aide d'une seconde cuisson, à environ 620 °C. La grisaille était généralement appliquée sur la face interne du verre.

Les débuts d'une politique d'aménagement


Vitrail de la Sainte Chapelle à Paris
Vitrail de la Sainte Chapelle. Photo E. Buchot

À partir de 1300 environ, une nouvelle teinte, le jaune d'argent, à base de limaille ou de sulfure d'argent, était posée sur la face externe du verre. À la cuisson, il permettait d'obtenir une gamme allant du jaune pâle à l'orangé. Grâce au jaune d'argent, pour la première fois, on pouvait avoir deux couleurs différentes sur une même pièce. À la Renaissance, on utilisa les émaux posés également sur la face externe. Les émaux fournissent une gamme de couleurs plus variée, mais, surtout, ils permettent de mélanger les couleurs entre elles sur un même verre, alors que, précédemment, il était nécessaire de les séparer par des plombs. Par ce nouveau procédé, l'art du vitrail se rapprocha à la Renaissance de la peinture sur toile. Une fois peintes, les pièces de verre sont serties dans des baguettes de plomb qui suivent parfaitement les contours des pièces. Les panneaux ainsi obtenus sont placés dans les baies et maintenus à l'aide de barres métalliques, les barlotières.

Les découvertes archéologiques attestent l'usage du vitrail dès le VIe siècle. Un fragment de cive remontant à cette époque fut découvert en Italie, dans les fouilles de Saint-Vital de Ravenne. Les pièces devaient être serties dans du plâtre ou dans des cadres de bois. Mais c'est surtout à partir du milieu du XIIe siècle qu'il connut un réel développement. On possède encore quelques rares vitraux de cette époque, dans les cathédrales du Mans, de Poitiers, ainsi que dans le déambulatoire de l'ancienne abbatiale de Saint-Denis. Avec l'architecture gothique, la multiplication des baies et leur agrandissement font du vitrail un art dominant où se concentre, comme aux cathédrales de Chartres et de Bourges (v. 1200), l'essentiel des grands cycles narratifs. Au XVe siècle, l'essor du mécénat favorisa la commande de dessins de vitraux aux peintres les plus prestigieux, telle la verrière de l'Annonciation de la cathédrale de Bourges, commandée par Jacques Cœur à l'un des plus grands artistes de son époque.

Le 16ème siècle sommet de l'art du vitrail


Au XVIe siècle, certains peintres-verriers se hissèrent au sommet de la hiérarchie artistique, comme Engrand le Prince (Arbre de Jessé, à Saint-Étienne de Beauvais, 1522-1524). Après un déclin certain aux XVIIe et XVIIIe siècles, le vitrail connut un renouveau spectaculaire au début du XIXe siècle, notamment grâce à des chimistes travaillant à la manufacture de Sèvres tels Brongniart et Mortelèque, auteur en 1816 d'un Christ en croix pour l'église Saint-Roch à Paris. Mais le renouveau du vitrail devait culminer au milieu du XIXe siècle avec la redécouverte du Moyen Âge.

Les multiples restaurations donnèrent une véritable impulsion à cet art et les ateliers se multiplièrent (Didron et Gérente à Paris, Thévenot à Clermont-Ferrand, Lusson au Mans, Maréchal à Metz, Chigot à Limoges, pour ne citer que quelques exemples français). Certains verriers se lancèrent dans des créations qui renouvelèrent profondément l'art du vitrail, notamment Jacques Gruber à Nancy, avec des sujets sortant du domaine essentiellement religieux (le Train Minier, pour le siège social des Hauts Fourneaux et Fonderies de Pont-à-Mousson, 1926-1928). Parmi les peintres contemporains, plusieurs réalisèrent des cartons de vitraux : Manessier (église Notre-Dame des Brézeux, 1950), Braque et Ubac (Varengeville, 1960), Vieira da Silva (Saint-Jacques de Reims, 1974) Chagall (cathédrale Notre-Dame de Reims, 1974), Jean-Pierre Raynaud (abbaye de Noirlac, 1975-1976), Soulages (Conques, 1995).

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